Quels rapports peuvent bien avoir entre eux chroniqueur gastronomique sans le sou, une cover-girl anorexique fiancée à un pacha turc, une veuve chinoise centenaire mais qui a l’air d’avoir vingt ans, une urgentiste en psychiatrie à l’hôpital Bichat et un rabbin berbère de la vallée du Dra ? ''

« Alimentation générale »…

Extrait : Paul Rebell aime la tête de veau. Moins les sauces qui l’accompagnent et prétendent la relever. La ravigote, tonique comme un café-calva avec sa pointe de vin blanc et de vinaigre, lui paraît un peu chienne, la gribiche, à l’onctuosité de grasse matinée dans des draps salis par les câpres, vulgaire. Seule la tortue a droit à ses faveurs, sans doute parce qu'il a toujours eu un faible pour les dames mûres, et que le madère lui rappelle le sillage de ces parfums aux fragrances de patchouli dont parfois elles s'aspergent. Non, s’il a pour la tête de veau une prédilection particulière, cela tient d’abord aux associations immédiatement sexuelles que la texture des abats de ce plat lui inspire. Savoir, du chef au cou de l’animal, la cervelle, molle et fondante comme une poche de sperme, la langue, crayeuse comme un mont de Vénus, les joues, charnues et mobiles comme de jeunes seins au port insolemment droit, et les oreilles, les oreilles surtout, craquantes comme le rétrécissement des jupes et l'apparition des cuisses au printemps. Les femmes, pourtant, il les a toujours soupçonnées d’éprouver du dégoût pour ce mets, un rejet instinctif, primaire, brutal, en raison même de sa connotation érotique. Et il a toujours tenu pour des gourmandes à tempérament celles d’entre elles qui acceptaient de le partager avec lui. À commencer par Emeline...

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