Mon ami, Alain Dutournier
Par Pierre Rival le mercredi 23 avril 2008, 19:14 - Alimentation générale - Lien permanent
Un article de moi, paru dans "Paru Vendu" (ça ne s'invente pas) me vaut une
volée de bois vert de la part d'un chef que je considère parmi les meilleurs en
France. Alain Dutournier que j'avais vu quelques jours avant d'aller au Maxan,
un super bistrot que je vous conseille à tous, m'avait fait part de ses
inquiétudes quant à l'avenir de la création culinaire. En fait, il voulait
attirer mon attention sur le contexte économique qui rend de plus en plus
difficile le maintien du haut niveau de qualité exigé par la cuisine française,
quand elle est à son sommet. Je l'avais pris, moi, au pied de la lettre, et
rendant compte de ses propos, je lui opposais dans mon article l'exemple du
chef du Maxan et ses ingénieuses trouvailles culinaires. Dans un commentaire
qu'il adresse à son confrère du Maxan, et qu'il m'a fait également parvenir,
Alain Dutournier rétablit sa pensée et du coup, la précise. Je ne peux que lui
donner raison sur le problème qu'il soulève. Imparfait messager, j'avais
mésinterprété ses propos. Du coup, nous voila d'accord. Oui, la haute cuisine
française est en danger de mort économique, et oui, de jeunes talents prennent
la relève et croient possible encore, malgré le climat économique morose de
notre pays, de se lancer dans l'aventure de la création culinaire. Les lecteurs
de ce blog pourront lire ci-dessous l'article incriminé, ainsi que la réaction
d'Alain Dutournier. Tant qu'il y aura des hommes, et tant qu'il y aura des
passionnés de cuisine...

L'article incriminé :
{{LE MAXAN
{{ ''Aujourd'hui, les jeunes chefs ne veulent plus se lancer dans la
création. Ils préfèrent ouvrir des bistrots traditionnels. Si ça continue, il
n'y aura plus de grande cuisine française moderne ». Ce constat, c'est Alain
Dutournier, qui le fait. Le patron du Carré des Feuillants, un restaurant deux
étoiles au Michelin, se distingue, d'un côté par sa fidélité au terroir, de
l'autre par sa préférence pour une cuisine inventive et ludique, «une cuisine
qu'on ne peut pas reproduire à la maison ». Même s'il a raison dans 90% des
cas, on peut se demander si, en faisant cette constatation, Alain Dutournier ne
passe pas à côté d'une nouvelle tendance, celle des cuisiniers de bistrots qui
veulent être aussi des auteurs. Laurent Zajac, au Maxan, appartient à cette
nouvelle école. Ce cuisinier de 37 ans qui justement a travaillé avec Alain
Dutournier, entre autres grands chefs, propose une carte courte, toujours au
plus près de la saison, mais où les plats ont l'originalité de recettes
vraiment originales : telles ces grosses asperges vertes, origine
Mallemort (un village de Provence où se cultive le meilleur de ce produit)
qu'il enroule d'un jambon d'Auvergne rapidement passé à la poêle, et arrose
d'un bouillon de volaille : simplissime mais succulent. Ou encore cette
queue de cochon croustillante qu'il désosse complètement pour donner au convive
le plaisir d'une mâche où le croquant s'associe au fondant. Son partenaire,
Serge Conquet, est aussi un sommelier de grande classe. Laissez-vous guider et
il vous fera découvrir des sommets, comme ce Vinifera Touraine 2005 de Henri
Marionnet, vin d'une étonnante subtilité issu d'un vignoble de cot
(l'équivalent du malbec) planté franc de pied, c'est à dire comme on faisait
avant la crise du phylloxera.Non, cher Alain Dutournier, les jeunes
restaurateurs n'ont pas renoncé à être des inventeurs. Maxan, 37 rue de
Mirosmenil, Paris 8ème. Tél. : 01 42 65 78 60 (une entrée, un plat pour 30
€, midi et soir''}}
Et la réaction d'Alain Dutournier :
{{Je ne comprend pas cette interprétation de ma parole d'autant que je suis
impliqué et passionné par la restauration de bistrot plutôt vivante... à
commencer par Pinxo...Nous ne parlons pas de la même chose !
- coup de coeur
- coup de pouce
- coup de pied ?
- Un peu les trois mon capitaine !
Pierre se sert de mon interrogation sur l'avenir d'une profession dans notre
vieil hexagone pour m'impliquer dans une fausse polémique qui n'intéressera
personne - mon inquiétude n'a rien à voir avec la créativité des cuisiniers
mais avec le côté économique d'une restauration "étoilée" qui aura du
mal à se renouveler dans le contexte social et le pouvoir d'achat en
déclin des Français. CREATIVITE (mieux qu'inventeurs...) ET CREATION
D'ENTREPRISES DE RESTAURATION DE HAUT NIVEAU N'ONT RIEN A VOIR... Exemples
concrets : les nombreux P.S.G. de la restauration}}
Commentaires
Bonjour,
La lecture (et oui j'ai quelques mois de retard) des propos d'Alain Dutournier éclaire la facheuse impression générale que m'a laissé un diner au Carré des feuillants la semaine dernière. En effet, il m'a été présenté une cuisine et un service... au rabais! Je viens donc de comprendre que c'est pour cause de coupure budgétaire. Il n'empêche que quelqu'en soit la raison, je trouve inadmissible que cet établissement soit encore étoilé... Si on décide de ne pas tenir son rang... on le refuse et on fait autre chose (un bistrot traditionnel par exemple). Bref, je suis ressorti FURIEUX de ce restaurant. Mis à part la carte de vins, rien dans ce restaurant n'est à la hauteur de ses 2 étoiles et de la réputation de Mr Dutournier. Par amour pour la cuisine, je ne compte donc pas en rester là car j'estime que cet établissement dévalorise TOUS les étoilés ainsi que la réputation (justement) de la cuisine française.
Pierre-Alexandre Rocoffort de Vinnière